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Les 16 mamelles de la cochonnerie : un effort de classification

Qu'est-ce que de la "cochonnerie"?

Le terme "cochonnerie" est intentionnellement vague et subjectif.  Il englobe toute pièce musicale qui est considérée douteuse soit au niveau des textes, de la musique, du style, des arrangements, du talent de l'interprète ou un mélange agréable de tout cela.

Music to massage your mate byIl n'est pas facile de définir la cochonnerie avec précision.  Évidemment, bien que certaines cochonneries soient tout à fait objectives, tout dépendra beaucoup du jugement de l'auditeur.  Chacun a ses goûts et on est tous le quétaine de quelqu'un d'autre...  Ceci dit, nous vous livrons ici une tentative de classification de la cochonnerie, que nous diviserons en 16 catégories. Notez que les lignes sont vagues et qu'une même chanson peut très bien appartenir à plusieurs groupes. Il est même possible que certaines chansons demeurent inclassables...

1- Le quétaine de base

Les habits jaunesToute chanson ayant déjà été populaire mais qui est complètement démodée aujourd'hui, au point parfois d'en être ridicule.  Une chanson quétaine répond généralement aux normes commerciales populaires de l'époque et est écrite rapidement, sans efforts.  On y trouve des textes simplistes, creux, bourrés de clichés, ou la rime est plus importante que le message.  Ces textes sont chantés sur un air popularisé internationalement par quelqu'un d'autre avec plus de talent et de moyens, ou sur un air lui-même cliché et prévisible, sans surprises.  Le quétaine est le côté abordable de la cochonnerie, celui que tout le monde connaît et que bien des gens aiment sans se considérer comme amateurs de cochonnerie.  C'est ce que des émissions de radio FM comme "Pour un flirt", "Les années vinyles" ou "Les années boomers" diffusent en grande quantité.

Ces chansons quétaines sont là pour une bonne raison. Lors des années 60, alors que le Québec se cherchait une identité propre, le québécois moyen avait deux choix quand il s'agissait de musique : le hit parade américain et la chanson française. Les hits américains étaient accrocheurs, mais bien des québécois ne pouvaient pas comprendre ou chanter les paroles. Les tubes français étaient compréhensibles, mais rejoignaient parfois moins les jeunes québécois. La solution : endisquer ici des artistes du Québec, en "traduisant" rapidement les paroles des hits des U.S.A. La demande est forte, le succès assuré, le marché est inondé!

Exemples:  Pierre Lalonde, Michèle Richard, les Classels, Fernand Gignac, Marthe Fleurant, Patrick Zabé, les Baronets, Joël Denis, César et les Romains, Michel Louvain, Donald Lautrec (dans les années 60) , les Classels, et tellement, tellement d'autres...

2- Le quétaine poussé

Evan JoannessMême description que le quétaine de base, mais qui tombe plus sur les nerfs et qui a possiblement eu moins de succès.  Souvent des thèmes ou des airs moins joyeux et accrocheurs que le quétaine de base, plus de cris, de lamentations ou d'opérette. Le quétaine poussé est souvent un peu moins accessible et "pop" que le quétaine de base, ce qui explique sa popularité inférieure.

Exemples:  Evan Joanness, Shirley Théroux, Jean Nichol, Dalida, Nathalie Simard (sauf ses chansons pour enfants), Jacques Michel...

3- Le Cité Rock Matante

KathleenChansons qui représentent souvent le côté ennuyant de Radio-Cochonneries. Généralement tristes et lentes, faites pour du easy listening donc peu de contenu, mélodies filandreuses et vides, paroles un peu plus réfléchies que les quétaines, mais se prennent souvent trop au sérieux.  Généralement plus récentes que celles des catégories précédentes.  Il y a une zone confuse entre cette catégorie et la suivante.

Exemples:  Belgazou, Jean-Jacques Goldmann, Ginette Reno, France Gall, Francis Martin, Kathleen, Johanne Labelle, Frank Mills, Roch Voisine, Alain Morisod et Sweet People, Vanessa Paradis, Alain Barrière, la majorité de l'oeuvre de Martine St-Clair...

4- La catégorie "Balle dans la tête"

Chansons qui ont été (ou qui sont encore) populaires et qui tapent sur les nerfs non pasDemis Roussos nécessairement par le manque de talent de l'artiste mais bien par le style.  Chansons généralement lentes, voix stridentes, fortes, aiguës ou avec trop de modulations, thème ou musique déprimante, chansons longues et répétitives. Souvent interprétées par des chanteuses à la voix puissante, elles sont justement conçues pour démontrer cette puissance, ce qui devient vite agressant. Il existe une zone confuse entre cette catégorie et la précédente.

Exemples:  Marie Carmen, Céline Dion, quelques-unes de Martine St-Clair, Yvann, Nicole Martin, Demis Roussos, Johanne Blouin, Mireille Mathieu, les plus lourdes de Nana Mouskouri, Francis Lalanne, Sylvie Desgroseillers...

5- Les chansons de "hippies"

Marc HamiltonChansons de style "progressif" québécois des années 70.  Mélodies complexes et chaotiques, thèmes éclatés, textes composés pendant un trip de drogue, on y parle souvent d'oiseaux, d'arc-en-ciels, de fleurs et de sexe tout en chiâlant parfois contre la société en passant de temps en temps. On y placera également des chansons moins progressives et plus "terroir", mais attention : on parle ici de chansons réalisées pendant les années 70, plus pour rendre hommage au terroir (retour à la terre).

Exemples:  Les Karrik, Marc Hamilton, Jacques Salvail, Renée Claude, Donald Lautrec (dans les années 70)...

6- Le country

Marie Lord et ses chansons westernChansons de cowboys québécois, toutes interchangeables parce que toutes bâties sur le même patron.  Les mêmes rythmes, les mêmes accords, les mêmes sujets:  cheval, amour de sa mère, prairies, bien-aimée, solitude.  Ces chansons sont souvent réalisées avec des moyens modestes par des gens simples, alors elles sont souvent très drôles.  Le DJ doit se limiter parce qu'on pourrait aisément mettre la moitié du répertoire country du Québec dans la playlist et ça deviendrait vite très lassant. Notons qu'il existe en réalité deux chansons country, sans cesse reprises avec des paroles un peu différentes: la chanson country joyeuse et la chanson country triste (également appelée "complainte").

Exemples:  Renée Martel, Willie Lamothe, Bobby Hachey, Marcel Martel, Georges Hamel, Julie Daraiche, Marie King, Paul Brunelle, Fidel Lachance...

7- Les atrocités

Normand l'AmourToute chanson n'ayant jamais été populaire (ou si elle l'a été, c'est bien peu et seulement parce que les gens aimaient s'en moquer) et qui est difficile à tolérer, voire parfois douloureuse.  Souvent, les paroles n'ont aucun sens ou semblent être improvisées à mesure.  Le "chanteur" qui l'interprète n'a généralement pas de voix et fausse pratiquement tout au long.  La musique est bâclée, tape sur les nerfs, est discordante ou ne suit pas le chanteur. Elle est souvent réalisée automatiquement par un ordinateur ou un clavier.  Souvent, ces chansons sont enregistrées avec les moyens du bord par le chanteur, convaincu de son talent ou de l'importance de son message, puis diffusée sur le Net.  Certains albums maison ont également été créés. Ces chansons ne sont pratiquement jamais jouées à la radio, sauf bien sûr à Radio-Cochonneries, qui n'a peur de rien et qui ne se contente pas de jouer que du quétaine facile.

Exemples:  Normand l'Amour, Wesley Willis, William Hung, Michel Farinet, Zé Cabra, Wing, D-Natural, , Mrs. Miller, Philippe Lalanne, Shooby Taylor (l'homme qui croit qu'il imite un saxophone), Jean-Pierre Sauser...

8- Les vedettes qui décident de chanter

Une personnalité connue pour autre chose que la chanson décide un jour de produire une chanson ou pire, un album, simplement parce que ça a l'air amusant.  Ça l'est rarement pour les auditeurs et typiquement, l'album n'a aucun succès. L'avantage qu'ont les vedettes, c'est qu'elles disposent souvent d'un bon budget et peuvent s'entourer de professionnels. La sonorité des chansons sera donc généralement assez travaillée et les musiciens impliqués seront talentueux. Ce qui viendra gâcher le tout sera généralement le manque de talent de la vedette et/ou le manque flagrant d'originalité (un pop commercial facile est plus aisément créé qu'une sonorité nouvelle).

Exemples:  Caroline Néron, Jacques Villeneuve, Guy Lafleur, Éric Nolin, Anne-Marie Losique, l'actrice porno française Clara Morgane, Michel Forget, Jacques Boulanger, Stéphanie de Monaco, Guillaume Lemay-Thivierge, Michel Brûlé...

9- La métacochonnerie

Pierre LalondeUne métacochonnerie, comme son nom l'indique, est une cochonnerie de deuxième niveau. Cela arrive lorsqu'une chanson, déjà classée comme cochonnerie, est ensuite reprise par quelqu'un qui va la rendre encore plus douteuse, ou douteuse différemment.  Pour qu'on puisse parler de métacochonnerie, il faut que l'originale comme la reprise puisse être considérées toutes les deux comme des cochonneries et qu'elles soient suffisamment différentes pour qu'on puisse bien les différencier. On compte là-dedans les nombreuses reprises de chansons poches par un autre artiste poche (il y a beaucoup de chanteurs poches modernes qui commencent ainsi) ainsi que les remix dance d'un vieux tube quétaine ou les changements abrupts de styles (reprendre une chanson en punk, en métal ou en polka, par exemple).

Exemples:  Ça brasse dans la cabane, l'album "La belle vie" de Pierre Lalonde, Frédérick De Grandpré, "Blue jeans sur la plage" de Paul Sarrasin, "Où sont les femmes" d'Émily Begin, Marthe Fleurant qui chante la Bolduc, Bobby Hachey qui chante les chansons de ses amis décédés, Romeo Vaduva ou Radu qui reprend des hits à la flûte de pan et tous les remix dance de ce monde.

10- Les instrumentales

Klaus WunderlichToutes les chansons poches jouées au piano, à l'orgue où à la flûte de pan.  Plusieurs de celles à l'orgue sentent bon le bar de danse sociale quétaine. Plusieurs artistes ont obtenu une grande notoriété en n'endisquant que des pièces instrumentales. Notez que beaucoup de ces pièces seront également de la métacochonnerie, puisqu'un grand nombre d'albums instrumentaux ne contiennent que des reprises.

Exemples:  Lucien Hétu, Serge Fontane, Romeo Vaduva, Radu, Zamfir, Klaus Wunderlich, Frank Mills, Richard Clayderman...

11- Le religieux

Père Tremblay et les Nouveaux AlleluiasChansons d'église ayant généralement pour but de propager la parole de Dieu et la rendre accessible et attirante pour les jeunes (ironiquement en la chantant sur de la musique douteuse avec des chants fatigants et des messages très peu subtils, toutes des choses qui déplaisent aux jeunes). Parfois, la clientèle visée n'est pas les jeunes, mais simplement d'autres fervents croyants, ce qui permet de capitaliser sur un marché assez vaste. Comme l'important dans ces chansons est surtout le message, il n'est pas nécessaire que la musique soit bien originale, ni la qualité très poussée.

Exemples:  Soeur Sourire, les Poppys, Apologetix, Cedarmont Kids, Claude Valade (dans sa passe chrétienne), Père Tremblay et les Nouveaux Alleluias, Jacqueline Lemay, toutes les chorales d'église de ce monde...

12- La cochonnerie internationale

Daler MehndiChansons provenant de pays étrangers, bien souvent en d'autres langues que le français, qui sonnent quétaine à nos oreilles à cause du choix des instruments, des mélodies trop folkloriques où de la sonorité bizarre des paroles. Certaines tombent sur les nerfs, d'autres font rire. Notons la chanson française, avec son lot de bides, qui occupe une place à part dans le monde de la cochonnerie internationale. 

Exemples:  Fonograf, Robertino, Daler Mehndi, Devang Patel, Helmut Lotti, Kashtin, Taai Taai, Eläkeläiset; puis Vanessa Paradis, Sylvie Vartan, Francis Lalanne, France Gall, Edouardo, Coryne Charby, Jean-François Maurice, Jean-Pierre François et tellement d'autres...

13- Les chansons du terroir québécois

Soirée canadienneBien avant que le Québec tente de se créer une identité musicale moderne lors des années 60, la chanson québécoise n'était composée que de rigodons, de reels, de chansons à répondre et de turluttage. La chanson du terroir, c'est notre folklore, qui est tellement loin derrière nous qu'il est bien difficile de ne pas trouver ça quétaine ou franchement poche. La plupart des chansons sont interchangeables et bâties sur le même patron. Elles ont des paroles très simples, souvent complètement décousues, très répétitives (et ne veulent parfois rien dire du tout, comme "Don daine la ridaine", "Ah wing ah han", "Grouilli grouillon grouillette" ou "Babeli, Babelon, Frank Babelibelon"). C'était l'expression de thèmes simples par des gens simples qui vivaient une vie bien différente de celle que l'on vit aujourd'hui, et qui avaient bien peu de moyens.

Exemples: Oscar Thiffault, Claire et Guy Jolicoeur, Eugène Daigneault, Clément Grenier, la Famille Soucy, la Famille Larin, la Famille Marineau, la famille Gaudet, tous les albums de la Soirée Canadienne...

14- Les chansons vulgaires

Les grandes chansons cochonnesFaisant parfois partie des chansons du terroir, nous les classons malgré tout à part parce que ce n'est pas nécessairement toujours synonyme. En effet, les chansons vulgaires donnent un sens différent au terme "cochonneries" depuis bien des années et continuent d'être produites de nos jours. Les fameux albums du style "Les plus grandes chansons cochonnes (interdites à la radio)" foisonnent. Certains, plus anciens, donnent plus dans l'évocation. D'autres ne se gênent pas pour y aller aussi crûment et vulgairement que possible. Notre répertoire n'en contient pas trop, parce qu'à la longue ça devient lassant et très redondant. Toutefois, ce genre existe et est indéniablement poche, donc il se doit d'être représenté sur nos ondes.

Exemples: Gérard Nono Deslauriers, Daniel Wilson, Arthur Lavoie, Pierre Gervais, André Guitar et plusieurs illustres inconnus sur des albums du type "Les grandes chansons cochonnes".

15- Les enfants qui chantent

La famille StauntonLes chansons interprétées par des enfants ont toujours un petit quelque chose de spécial. Premièrement, leurs voix aiguës peuvent devenir agressantes. Deuxièmement, il est bien rare qu'un enfant, même lorsque talentueux, soit à la hauteur d'un artiste adulte qui a eu des années pour se perfectionner. Même un enfant que l'on considère talentueux ne l'est généralement que par rapport à la moyenne des enfants... De plus, on leur fait bien souvent interpréter des chansons quétaines en partant.

Exemples: Jordy, Nathalie et René Simard (au début de leur carrière), Jérémy Gabriel, la famille Staunton, Guy Aubin, Mimi Hétu (lors de sa première carrière), les débuts de Céline Dion, Yvann, les Poppys, les chorales d'enfants en général (il y en a beaucoup)...

16- Les thèmes de vieilles émissions

Les SatellipopettesLes chansons thèmes d'émissions démodées, bien qu'elles ne soient pos toujours franchement douteuses, ont souvent mal vieilli puisqu'elles étaient conçues pour plaire aux masses au moment de leur création. Elles sont également intéressantes à cause de la nostalgie qu'elles amènent.  Souvent, des émissions pour enfants qu'on appréciait quand on était enfant paraissent ridicules avec le recul et le passage des années. C'est pour cette raison que Radio-Cochonneries dédie une partie de sa playlist à ce genre, même si son côté douteux est parfois moins évident.

Exemples:  Chips, The Love Boat, les Satellipopettes, les Oraliens, Mio Mao, Minute Moumoute, Passe-Partout, K-2000, Candy, Saturnin...

Conclusion

Bref, pour qu'une chanson soit considérée comme une cochonnerie, elle doit être douteuse sur au moins un aspect.  La plupart de notre matériel doit être écouté au deuxième niveau pour être apprécié:  le fameux principe de "on aime ça parce que c'est mauvais".  Quelques pièces restent toujours intolérables même pour l'initié - cette part de souffrance fait partie de l'expérience.  À l'opposé, certaines pièces sembleront réellement "bonnes" à certains auditeurs... La ligne est parfois bien mince entre le poche et le bon, et le tout demeure subjectif.

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